La haute marée

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La mer, cinglante ce soir, s’élève en nuée
Et, plus que les sabrants embruns ou les courants :
La lueur des ors lunaires, diminuée,
Fait l’ultime agrément des rivages pleurants
En manteau d’écume, un grand cortège funèbre
Accompagne le vent qui mugit dans les airs ;
Un sombre flot longe la côte et l’enténèbre
Quand l’orage suspend, par degrés, ses éclairs
Fier et droit, cherchant un coin de ciel torpide,
Une île tranquille où pouvoir se reposer :
Quelque égaré aux cheveux d’eau, un intrépide
Marin, s’emploie – de cent façons – à s’apaiser
Rompu au voyage, il sait, noble capitaine,
Qu’est blotti aux confins de la Terre, un bon port :
Un désert édénien sur une île lointaine
Où le Soleil, beauté tranquille, luit plus fort
Rejetée loin, l’ondée que le vent a chassée !
Derrière lui : la Ténèbre, le mauvais œil
Et la mort – en lutte avec la vie – repoussée !
Après de longs combats, il vogue ; hors l’écueil
Et plus haut encore que la haute marée,
Torse érigé, il joint le Ponant au Levant ;
La paix inonde, enfin, son âme libérée !
Seul, il dormira ce soir, d’un sommeil d’enfant.

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© Yannig WaTeL – 14 juin 2014

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