La haute marée

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La mer, cinglante ce soir, s’élève en nuée
Et, plus que les sabrants embruns ou les courants :
La lueur des ors lunaires, diminuée,
Fait l’ultime agrément des rivages pleurants
En manteau d’écume, un grand cortège funèbre
Accompagne le vent qui mugit dans les airs ;
Un sombre flot longe la côte et l’enténèbre
Quand l’orage suspend, par degrés, ses éclairs
Fier et droit, cherchant un coin de ciel torpide,
Une île tranquille où pouvoir se reposer :
Quelque égaré aux cheveux d’eau, un intrépide
Marin, s’emploie – de cent façons – à s’apaiser
Rompu au voyage, il sait, noble capitaine,
Qu’est blotti aux confins de la Terre, un bon port :
Un désert édénien sur une île lointaine
Où le Soleil, beauté tranquille, luit plus fort
Rejetée loin, l’ondée que le vent a chassée !
Derrière lui : la Ténèbre, le mauvais œil
Et la mort – en lutte avec la vie – repoussée !
Après de longs combats, il vogue ; hors l’écueil
Et plus haut encore que la haute marée,
Torse érigé, il joint le Ponant au Levant ;
La paix inonde, enfin, son âme libérée !
Seul, il dormira ce soir, d’un sommeil d’enfant.

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© Yannig WaTeL – 14 juin 2014

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4 réflexions sur “La haute marée

  1. Ici l’on entend les colères monumentales d’une mer déchaînée sous un ciel éclatant d’orages tonitruants. Courageux capitaine et bienheureux homme qui rejoint l’éden d’un sommeil mérité après une lutte digne des plus grands Titans.
    Joli texte en dodécasyllabes, rimes riches et bien posées, des mots qui sortent du langage familier, bref, tout pour me plaire.
    Bravo et merci Yannig.
    Hélène

    • Les images fracassantes et les sonorités explosives de ce poème sont parvenues jusqu’à toi, Hélène, de mon cœur à ton âme si j’ose dire !
      Normal, me diras-tu, puisque tu n’es pas étrangère à mon envie de travailler tout ceci plus en profondeur…
      Merci pour le regard bienveillant posé sur mes vers,
      Amicales bibises

  2. La mer, cette compagne de l’homme qu’il cherche depuis toujours à dompter tout en l’aimant… la mer superbe, éclatante, calme et scintillante au Soleil et qui sait se faire si cruelle, terrible et implacable voire mortelle à la moindre tempête… Le marin, pourtant, ne saurait y renoncer, elle est sa raison de vivre, l’élément primordial… Peu importe alors plus tard la solitude et le repos : avec elle, si puissante et obsédante, seul il ne l’est pas vraiment…
    Merci à toi pour ces vers brillants… pour une amoureuse de l’océan comme moi, ce poème touche au cœur et à l’âme…
    Bises

    • Oui, tu as bien saisi le sens donné à ce poème : des envies d’ailleurs à satisfaire, avec (métaphorisée) une certaine indépendance d’esprit qui se trame dans la maturation d’un projet… Oui, tout ça !
      Merci pour l’intérêt porté à ces quelques lignes, pour moi riches de sens, Emma
      Amicales pensées

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