Au jour le jour

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J‘ai vécu au jour le jour, dans l’attente heureuse
De te revoir ! Avec un savoureux plaisir,
Sans remords ni haine, j’ai goûté à loisir :
De mon cœur grand ouvert, la blessure amoureuse
Que tu m’aimais toujours, j’ai caressé l’espoir,
Avec des yeux d’enfant qui découvre le monde
Et j’ai ressenti, à chaque instant plus profonde :
Ta présence étreignant le grand calme du soir
Sais-tu que, le gîte, le couvert et la table :
Tout encore – y compris le pardon – t’attendait ?
Voilà pourquoi, sans doute, le Temps suspendait
Contre toute espérance, son vol redoutable !
Et voilà pourquoi, sans trompette ni tambour,
Loin des scherzos de ton violon ubiquiste ;
Seul avec ma candeur d’âme, ni gai ni triste :
Sans rien regretter, j’ai vécu au jour le jour.

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© Yannig WaTeL  29 octobre 2014

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La belle agonie

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Caduques, les feuilles d’un érable impérieux,
L’une emportant l’autre, s’en sont toutes allées
Prenant sens contraire des heures envolées,
Avec l’air de répondre aux appels mystérieux
Du bois dormant, dont les âmes emprisonnées
Sont les voix musicales ; ô trépas mélodieux
De notes dorées et pourpres, disséminées !
L’arbre expire et voilà ses suprêmes adieux.

© Yannig WaTeL 23 octobre 2014

Petite suite de deux madrigaux

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[ I ]
Madrigal un peu cavalier
Tu me trouveras sans doute un peu cavalier
Si, à minuit sonnant je monte l’escalier
Qui mène à ta chambre, pour mille fois te dire
Je t’aime ! Et plus ardent et plus prompt que l’éclair,
Succomber – corps et âme – au péché de la chair :
Dans ton lit, indubitablement, m’introduire.

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[ II ]
Madrigal galant
Vous raffolez, dit-on, de manières galantes ?
Acceptez que je porte à mes lèvres brûlantes
Votre main ! Et sentez comme aura palpité
Mon cœur, qui vous parle, qui vous dit en silence
Combien est grand le plaisir qui suit l’impatience
De serrer contre soi un peu d’éternité.

© Yannig WaTeL → 17 octobre 2014

Spleen : ciels bas et lourds

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De buées larges, les grands reflets opalins
Irisent aussi bien nos yeux que nos fenêtres :
L’été, vieil ami des jardins et des êtres,
Nous quitte, plein d’adieux, nous laisse orphelins
L’été défaille ; l’été se meurt ! Et l’automne
Enveloppé dans ses grands voiles, l’effleurant,
Repousse vers les espaces le feu mourant
Devenu froid autant que marbre ; et l’on frissonne
C’est comme un demi-deuil humble et silencieux
Qu’on s’apprête à vivre, environné de chloroses ;
Adieu blondes chevelures, teints de roses,
Robes volantées aux motifs audacieux !
Gazon frais, cieux lamés d’or, clartés dansantes :
Adieu ! Courtils en fleur où maints papillons,
Sans repos, fendaient l’air en légers tourbillons :
Adieu ! Ces heures vont, lentes et pressantes
Éphémères gaietés de nos étés trop courts :
Adieu ! Reste l’âme baudelairienne
Qui va, flottant dans la langueur aérienne
Des ciels – comme des couvercles – bas et lourds.

© Yannig WaTeL  13 octobre 2014

Libation

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[ I ]
La pluie aux vitres pianote : voluptueuse
Musique liquide, orchestrée depuis le ciel
En tonalité douce, ronde et onctueuse,
Par les mains diablement angéliques d’Ariel
Et coule une mélodie d’âmes en partance :
Mélodie qu’on perçoit de l’aube jusqu’au soir,
Dans sa continuelle et parfaite constance
Le long des mêmes quatre murs, jaillir et choir.

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[ II ]
Aux mêmes vitres, la pluie sans cesse pianote
Doucement, glisse puis lentement suit son cours,
En gamme descendante, égrenée note à note :
Le sylphe Ariel chante le lamento des jours
Et l’eau coule, sonore, en gouttes d’élégie
Versées par des regards humides, sur un cœur
Tiède encore, où l’amour parfois se réfugie,
S’offre en libation au chagrin toujours vainqueur.

© Yannig WaTeL ⤏ 08 octobre 2014

Diaphanie dorée

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Le jour a percé la forêt, qui se colore
Et mêle à ses tons chauds les accents mélodieux
De la faune ; avec le ciel pour cadre : l’aurore
Dans son glorieux réveil, à son tour se redore,
Subit ton charme sévère, Automne radieux !
Comme un baiser reçu de lèvres étoilées,
Ton charme sévère, tes pourpres et tes ors
Flambent à nos yeux, dans les somptueux décors
Qu’auraient brodé d’ombres, tes lumières voilées
Les feuillages, ce matin, semblent des bijoux
Et l’horizon : une robe de moire claire
De pareille féerie que l’opale lunaire !
Le Soleil enfin darde, en rais fauves et roux,
De l’arbuste nain jusqu’au chêne centenaire :
Dans les bois, le jour se lève, à pas lents et doux.

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© Yannig WaTeL ⤏ 06 octobre 2014

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Spleen : tout un ciel pleuré

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Voilà octobre et pas un soir qui ne grelotte !
C’est l’été qu’on regrette – été plein de douceurs
Dont l’âme, comme l’âme d’un cher défunt, flotte
Languissamment dans l’air – parmi tant de noirceurs
Dans le feu et la glace à la fois de l’aurore :
Brasillent, çà et là, les rayons blancs et roux,
Ô petits flambeaux tremblants mais tièdes encore,
D’un automnal soleil au charme triste et doux
Quel tableau, qu’en la forêt plus fauve et moins verte :
Un grand chêne abattu que la sève a quitté,
Vide de vie autant que bâtisse déserte !
Plus rien n’habite ce vieux tronc décapité
La nature, déjà, d’un silence tranquille
À des silences lourds, semble nous programmer ;
Nous faut-il endurer les chagrins que la ville
Inflige toujours aux cœurs prompts à s’enflammer !
La pluie monotone, à nos fenêtres s’invite ;
Octobre se venge de l’été demeuré
Trop clair, trop longtemps ! Dehors, la nuit tombée vite,
Par-devers nous, a fait choir tout un ciel pleuré.
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© Yannig WaTeL  02 octobre 2014
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