Spleen : ciels bas et lourds

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De buées larges, les grands reflets opalins
Irisent aussi bien nos yeux que nos fenêtres :
L’été, vieil ami des jardins et des êtres,
Nous quitte, plein d’adieux, nous laisse orphelins
L’été défaille ; l’été se meurt ! Et l’automne
Enveloppé dans ses grands voiles, l’effleurant,
Repousse vers les espaces le feu mourant
Devenu froid autant que marbre ; et l’on frissonne
C’est comme un demi-deuil humble et silencieux
Qu’on s’apprête à vivre, environné de chloroses ;
Adieu blondes chevelures, teints de roses,
Robes volantées aux motifs audacieux !
Gazon frais, cieux lamés d’or, clartés dansantes :
Adieu ! Courtils en fleur où maints papillons,
Sans repos, fendaient l’air en légers tourbillons :
Adieu ! Ces heures vont, lentes et pressantes
Éphémères gaietés de nos étés trop courts :
Adieu ! Reste l’âme baudelairienne
Qui va, flottant dans la langueur aérienne
Des ciels – comme des couvercles – bas et lourds.

© Yannig WaTeL  13 octobre 2014