Spleen : ciels bas et lourds

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De buées larges, les grands reflets opalins
Irisent aussi bien nos yeux que nos fenêtres :
L’été, vieil ami des jardins et des êtres,
Nous quitte, plein d’adieux, nous laisse orphelins
L’été défaille ; l’été se meurt ! Et l’automne
Enveloppé dans ses grands voiles, l’effleurant,
Repousse vers les espaces le feu mourant
Devenu froid autant que marbre ; et l’on frissonne
C’est comme un demi-deuil humble et silencieux
Qu’on s’apprête à vivre, environné de chloroses ;
Adieu blondes chevelures, teints de roses,
Robes volantées aux motifs audacieux !
Gazon frais, cieux lamés d’or, clartés dansantes :
Adieu ! Courtils en fleur où maints papillons,
Sans repos, fendaient l’air en légers tourbillons :
Adieu ! Ces heures vont, lentes et pressantes
Éphémères gaietés de nos étés trop courts :
Adieu ! Reste l’âme baudelairienne
Qui va, flottant dans la langueur aérienne
Des ciels – comme des couvercles – bas et lourds.

© Yannig WaTeL  13 octobre 2014

7 réflexions sur “Spleen : ciels bas et lourds

  1. Le spleen abreuve ta plume d’une langueur exquise et non monotone comme l’écrivait l’ami Paul 🙂
    Un poème riche aux couleurs pastelles de la nostalgie d’un été désormais dans sa tombe,.
    Je vais t’envoyer un peu de mon soleil qui réchauffe la douce arrière-saison du sud-ouest.
    Que le poète est triste sous ce ciel en pleurs…
    Tes trames de fond sont devenues de la belle ouvrage, bravo Yannig!
    Bisous
    de Hélène

  2. L’esprit de Baudelaire est bien là, en effet, dans ce poème… en tout cas, il n’aurait pas renié ce spleen tout à fait de circonstance…
    Et pourtant… On peut dire Adieu au soleil, Adieu à tout ce qui chante et virevolte, tout ce qui brille et illumine… Oui, on pourrait dire Adieu à tout cela mais la chaleur de l’été et sa lumière parfois trop forte et qui éblouit, restent au coeur et à l’âme comme de précieux souvenirs et te réchaufferont l’hiver venu jusqu’à l’été prochain pour de nouvelles sensations… Le « ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle » n’est que temporaire…

    Bises

    • Merci-merci Emma,
      J’ai bien saisi ton raisonnement : le cycle des saison est un éternel recommencement, affronter ce déclin passager est nécessaire.
      Mais, il faut bien admettre que de voir la Nature s’anémier de cette façon et voir le bleu infini du ciel s’obscurcir un peu plus chaque jour, ça affecte l’humeur !
      Chaleureuses bibises

    • Merci infiniment, Lise, pour l’intérêt que tu portes à mes publications
      Peut-être qu’il existe une sorte de communauté d’âme entre le monde végétal et les esprits créatifs dotés de sensibilité.
      Amicales pensées

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