Grand silence blanc

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Le crépuscule était clair : l’orbe de la lune
Festonnait, par endroits, de reflets mordorés
Les sapins neigeux et les saules éplorés ;
Un grand silence blanc habillait la nuit brune,
Sitôt les frimas et le givre évaporés
La grisaille ennemie s’en allait, dissipée !
Et le ciel déroulait pour la terre un tapis ;
La plaine, de flocons tout entière jaspée
Semblait, sortie d’un muet sommeil et drapée,
Porter la lumière à des cygnes assoupis
À lents pas de loup, majestueux et féerique,
Un frisson d’extase passait furtivement
Et tout l’Univers cadençait son mouvement
Au rythme d’un orchestre à peine allégorique
Au tumulte du jour, succédait la douceur :
Douceur d’ambre, d’opale et de vieil ivoire
Constellée de nacre et de chatoyante moire ;
Décembre avait, ce soir-là, une âme et un cœur.

© Yannig WaTeL 19 décembre 2014