De suprêmes adieux

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Elle est là, qui sommeille (ou fait-elle semblant) ;
Toute rose encore de nos amours fidèles !
Emmitouflé d’ombres, œil brillant, cœur tremblant :
Je lui cause, en baisant mille fois ses mains frêles
« Adieu, mon ange, adieu ! Le désir m’est venu
De partir pour toujours (et vivre en solitaire)
Vers un monde nouveau, un rivage inconnu ;
L’attente a trop duré, je brûlais de le faire
Cependant qu’avec toi les temps m’ont semblé beaux,
Je ne puis être heureux (tout comme l’hirondelle)
Qu’en suivant le zéphyr, qu’en planant sur les eaux ;
Car voilà mon sort, la mer immense m’appelle !
Quant à nos souvenirs… Fais-les donc s’envoler,
Mais laisse-moi sentir, avant que je m’en aille :
Une suprême fois, nos lèvres se frôler ! »
De l’aimer j’ai quitté l’idée, vaille que vaille.
© Yannig WaTeL  21 mai 2015
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19 réflexions sur “De suprêmes adieux

  1. Faut-il connaître l’appel du large pour laisser ainsi une si douce demeure et déchirer le coeur d’une si tendre aimée…Mais comment retenir un homme épris de liberté?

    Alors va et vogue sur les vagues de ton océan poétique où je n’aurais de cesse de naviguer 🙂 L’alternance, les sonorités de tes rimes, le rythme 6/6 de tes alexandrins, des vers en dodécasyllabes, enfin bref tout çà, évoquent le bercement et le bruit du ressac, Un poème réussi et joliment travaillé, technique et émotion se marient à merveille sous ta plume.

    J’aime bien ce chanteur que je découvre et qui me fait penser (un peu) à Thiéfaine en plus soft.

    Bisous
    de Ln

    • Merci pour le commentaire circonstancié, Hélène, c’est toujours un plaisir que de recueillir un avis bien minutieux.
      J’avais à cœur de redresser la barre… Vu que mon « dandysme » a fait un four ! 🙂 J’espère que ce poème rencontrera son public, donc !
      Sinon, c’est le désert, que je risquerais de traverser !
      Chaleureuses bibises

      • Oh tu sais, parfois une petite traversée en solitaire est bienfaitrice pour re’ioder la plume vagabonde avant de jeter l’encre sur la page…:) Je m’étais promis de revenir sur ton « Dandisme »…..je suis en plein déménagement et …ça déménage dur chez moi pour de vrai ! Un petit coup de mains supplémentaire ne serait pas de refus, si ça te dit 🙂 Bises à toi

  2. C’est donc un renouveau plus qu’une lassitude, un oubli plus qu’un départ mais je n’y sens rien de vraiment nouveau. Tout est toujours remarquablement beau dans les mots et tout cela respire finalement la joie de vivre et de respirer!

    • Car finalement, tout ceci respire donc… la nostalgie, camarade !
      Merci pour l’avis déposé, comme à ton habitude : instructif, sophistiqué et tout en subtilité… J’imagine que c’est un compliment que tu me fais.

  3. Comme le « Marius » de Pagnol, le héros de ton poème abandonne un amour (passé ou présent) pour des horizons lointains…
    L’herbe est-elle plus verte ailleurs et l’océan plus beau et plus bleu ? Peut-être… en tout cas, il est parfois bon de quitter, de laisser s’envoler un être, une pensée, des souvenirs pour se retrouver… Et tu sais, comme toujours, trouver les mots et le style pour le dire…

    Mes amitiés Yannig…

    • Emma, tes commentaires sont toujours aussi délicats, tu sais trouver les mots qui effleurent l’âme et le cœur et cela fait un bien fou !
      Merci pour cette analyse tout en équilibre, grâce et harmonie.
      Bises

  4. Bonjour Yannig,

    Le titre m’a déjà interpellée… Je connaissais le bonheur suprême mais des adieux suprêmes 🙂
    Mais je peux comprendre qu’au-delà de l’amour, une force nous pousse à partir abandonnant ce bonheur conquis, ce bonheur complet…
    Aimer l’Amour me semble écrit dans et entre tes lignes. Tu ne renies pas (je dis tu mais…) ce qui fait ton bonheur présent, tu sembles en faire même ta force pour une vie en solitaire 🙂

    Autrement une belle fluidité dans tes vers, des alexandrins à la césure parfaite… un petit bijou de poésie tout simplement.

    A bientôt
    Bises

    • Merci beaucoup Moun, d’être venue jusqu’ici, le nez au vent, t’accorder à mes flâneries (parce que ces « suprêmes adieux » ne sont que rêveries poétiques et ne reflètent pas expressément la réalité des sentiments…)
      Touché par tes mots bienveillants !
      Bises

  5. Voilà quelques années je n’aurais pas compris ce départ….il faut un appel pressent pour quitter celle qu’on aime……de nombreux sages l’ont fait pour suivre leur chemin spirituel, tel Ramdas..Tel un Ulysse partant sur les eaux poétiques,tu es parti vivre ta propre vie ! on sent beaucoup de douceur dans cette séparation ; tes mots sont un baume sur la plaie de celle qui semble dormir…Amicalement mireille

    • Merci beaucoup Mireille, pour l’intérêt porté à ces invraisemblables adieux, merci pour ce commentaire inspiré, j’y trouve tant d’associations de mots et d’idées !
      C’est aux lecteurs d’interpréter comme ils veulent, toutefois, je précise que ce poème n’est que pure fiction et qu’il relate des faits imaginaires. Absolument rien d’autobiographique.
      Amicales pensées

  6. Alors qu’un cœur semble s’envoler avec légèreté vers d’autres horizons, l’autre va bientôt s’éveiller, non pas pour quitter un cauchemar, mais pour le connaître… Ce poème, aussi bien écrit soit-il, est empreint de cette « ambivalence » qui naît chez deux personnes qui se séparent.
    Amicalement, Yannig.
    Cathy.

    • Oui, en effet, Cathy : un lever de jour tout orné de désespoir et de mélancolie… C’est une vision des choses bien singulière, quoique absolument pertinente !
      Merci donc, pour la lecture ainsi que pour l’interprétation hors des sentiers battus. L’horizon poétique s’élargit, à lire ce commentaire fait de mots délicats et bien choisis.
      Amicales pensées

  7. Bonjour,

    J’ai préféré voir votre texte d’un autre point de vue: la solitude qui était si bien installée et qui perd à nouveau un amant face à un amour naissant.

    Ainsi, pas de rupture, pas de tristesse !

    Votre texte est très beau et adoucit au maximum cette situation peu agréable.

    Fabien.

    • Merci Fabien, pour l’intérêt porté à mon poème ainsi que pour l’intéressante réflexion qui en découle.
      En vérité, j’ai composé ce poème dans le seul but d’illustrer la vidéo en pièce jointe, la part d’autobiographie est pour ainsi dire… anecdotique.

      Amical salut

  8. Je retrouve cette dualité qui t’est propre…une émotion qui se canalise en fin de texte et qui parfois change la donne.. bravo pour tant de maitrise poétique . J’ai aussi pensé à Marius qui rêvait du large ..laissant sa Fanny sur le quai..mais il est revenu !

    • Merci beaucoup Sedna, je vois que tu t’es bien ancrée dans le scenario et que tu as bien su capturer les émotions… Parce que oui, il doit bien exister un chemin entre démolition et reconstruction…

      Amitiés

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