Loin de tout

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Tenu à l’écart, loin des bruits gais de la plage,
Sous le regard doux que me fait le ciel du soir :
Dès le jour ennuyeux fini, je viens m’asseoir
Sur un banc familier dominant le rivage
Comme saisi de fièvre, mon cœur mis à nu
S’y brûle d’ardeur froide et de mélancolie,
Parce qu’il se souvient (quand ma mémoire oublie)
Du seul grand amour que dans ma vie j’ai connu
Là, pas de visage dessiné sur le sable
(Ni même son prénom) à-demi effacé ;
Pas plus que de serment à la hâte tracé !
La sachant lointaine, perdue, insaisissable…
La chose est entendue, pourtant, que nous avions
En lieu et en place d’un exil volontaire :
Tant de promesses à tenir et tant à faire !
Fut-il admis que, nous mal-aimant, nous rêvions ?
Inguérissable ennui, regrets et pénitence
– Dès lors qu’elle a jeté aux vents mes illusions –
Entraînent dans leur cours mes très chères visions :
Ainsi, depuis douze ans, coule mon existence.
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© Yannig WaTeL  30 mai 2015
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12 réflexions sur “Loin de tout

  1. Loin de tout et des bruits gais de la plage : avant, pendant et après l’amour, il semble toujours vrai que « pour vivre heureux, vivons cachés »… et puis il y a dans tout le poème, un subtil paradoxe comme le fil rouge d’une relation et de sentiments contraires : un cœur mis à nu brûle d’ardeur froide et se souvient quand la mémoire oublie, le souvenir de deux personnes se mal-aimant mais qui rêvent… le vent a eu beau dispersé les illusions partagées et le visage de l’être aimé, ils reviennent car ils sont toujours là, bien présents et c’est comme cela que l’on reconnaît le vrai amour… c’est un trésor à conserver bien au fond de soi, loin des autres et de tout…

    Mes amitiés Yannig

    • Merci pour cette fine analyse de mon poème, Emma, en espérant que d’autres commentaires, tout aussi plaisants et argumentés que le tien, suivront…

      Amicales pensées

  2. Le cœur oublie, la mémoire enfouit.

    Le temps n’arrange rien aux regrets, il tente simplement chaque jour de duper nos souvenirs.
    Il n’est pas très puissant, mais extrêmement patient.

    Partir ou reconstruire, voilà les seules options possibles.

    Merci pour cette belle lecture.

    Fabien.

    Ps: Je vous ai fait une petite place ici:

    http://fabien-charrasse.fr/favoris/

    • Merci pour l’attentive lecture, Fabien, j’ai l’impression que vous avez parfaitement cerné dans ce poème la symbolique de la vague, vague qui efface à jamais, qui emporte pour toujours et qui laisse en se retirant, le néant sur un sable redevenu lisse.

      Merci également pour la « petite place » accordée dans votre espace personnel, j’y suis sensible.
      Amical salut

  3. Bonjour,

    Supposons un instant qu’il en fut autrement
    Qu’au lieu d’insaisissable elle devienne vôtre
    Que l’amour ait éclos comme germe l’épeautre
    Auriez-vous encore en ce jour statut d’amants ?

    Là est la question.

    Vos poèmes sont très prenants, moi je suis tantôt grave,
    tantôt complètement fantaisiste, voir « déjanté » et très éclectique
    tant sur le fond que sur la forme.

    Bonne journée,

    Pierre

    • Il me fallait choisir : amour ou amitié…
      Mais, doté d’un cœur qui ne savait être tendre,
      Je voulais « la totale » et non… « moitié-moitié » !
      Suis-je plus sourd qu’homme qui ne veut rien entendre ?

      Mes plus vifs remerciements, Pierre, pour le regard porté sur mes pages, ainsi que pour ces bons mots et délicates images qu’inspirent ma poésie.

      Amical salut

  4. La grande désillusion, voici le titre que m’inspire ce poème Yannig. Le jour semble si difficile à affronter que seul le crépuscule, et très souvent la nuit, sont les meilleurs refuges pour ton âme romantique aux larmes intarissables. Le conflit du « je t’aime moi non plus » est imprégné dans les lignes. Quand la mémoire oublie, le coeur se souvient, écris-tu. C’est très vrai, ce qui a fait mal revient comme un leitmotiv malgré le désir d’oublier. Cet amour que tu épanches est comme un bouquet de roses : elles sont si belles et leur parfum si doux, mais les épines t’écorchent les bras…Un joli poème où les émotions à fleur des yeux coulent et colorent le sable de tes souvenirs, et tes regrets de n’avoir su, ou pu, retenir ce si bel amour.
    La forme est superbe avec des rimes embrassées parfaitement adaptées aux sujets évoquant le couple. Tu t’affranchis des règles strictes en créant ta prosodie personnelle, tes vers de douze syllabes sont bien équilibrés et l’ensemble est harmonieux, l’alternance des genres est régulier, tu sais également poser tes rimes en variant des verbes, des noms, des adjectifs,…ce qui très honorable car difficile, mais tes vers sont si fluides que cela semble couler de source….Ta plume et ton regard de poète ne sauraient écrire autrement et c’est très beau.
    À bientôt sur ta page 🙂
    Bizamicale

    • Oh non, Hélène, je suis déçu ! Tu as omis de mentionner mon superbe oxymore : « l’ardeur froide »… en écho à mon pauvre petit cœur tout nu et plein de fièvre ! 🙂
      Bon, bien sûr que je te taquine !
      Merci pour cette plongée dans mon univers vulnérable et empli de clair-obscur, tu sais comme personne parfaitement croquer mes mots, apprivoiser mes émotions, merci donc de faire une si belle fête à ma poésie.

      Chaleureuses bibises

  5. Ton texte est très musical dans les rimes et souvent mélancolique. Très beau comme habituellement. Le grand Amour laisse ses traces dans un coin du coeur comme la mer sur l’estran..On n’oublie pas..on vit avec ou sans !

    • Donc, je retiens que « mon texte est très musical, mélancolique et très beau »… Merci ! 🙂
      Sinon, pour les nostalgiques… J’avais fait une allusion (ou un clin d’œil, un hommage, une référence…) à la très mélancolique mais très belle… chanson de Christophe (un chanteur des années 60) :
      « J’avais dessiné sur le sable / Son doux visage / Qui me souriait… Etc… Etc… »

    • Les choses vont en s’arrangeant, je fais confiance au Temps pour cela…
      Merci pour ton regard tendre sur mes mots, Flore, merci pour tes mots, merci d’avoir apprécié (connaissant ta sensibilité, je n’en suis pas surpris)

      Gros bisou

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