Avant l’hiver

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Sur l’antique chemin, comme un rituel :
Je trace ma route, je pars en balade ;
Au milieu des vergers, j’assiste au duel
D’automne qui vient et d’été qui s’évade
Ah, combien j’admire et savoure en tremblant
Ce que la Nature contient d’harmonies
Dans les bruissements doux que font, en tombant
(Et lâchant leurs parfums), les feuilles jaunies !
Comment ne pas chérir le charme discret
D’un mince reflet sur les fauves ombrages
Et n’y trouver mystère, énigme ou secret ?
Disons-le clairement ; parlons sans ambages :
Si octobre me fait quelquefois chanter
Ou me met au cœur des allégresses vaines,
C’est que je sais combien je vais regretter
Les longs soirs d’automne, ces heures lointaines
Lorsque, sur les chemins blanchis, un enfer
– Exagérément froid, horriblement sombre –
Aura fait son œuvre ; ce sera l’hiver !
La neige, heureusement, ne tient pas en décembre.
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© Yannig WaTeL 05 octobre 2015
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12 réflexions sur “Avant l’hiver

  1. Inépuisable attrait du changement de saison pour le poète. J’aime cette balade. Un bémol : l’hiver est vu ici exclusivement de manière bien sombre et puis le dernier vers ne détonne-t-il pas un peu ? (tant phoniquement que sémantiquement). pardon pour cette sévérité(partielle).

    • Mon plus vif remerciement, Claude, pour l’avis clair, net et bien tranché, c’est apprécié.
      Concernant le vers orphelin, j’avoue que la rime « sombre/décembre » ne parait pas très académique.
      En outre, j’ai médaillé ce vers final, attendu que le poème est rédigé en vers de 11 syllabes (je ne sais pas pour vous, mais penser à l’automne me ramène systématiquement à Verlaine… Qui préférait l’impair, comme chacun sait) hormis le vers final qui est un alexandrin classique (normal, décembre étant le mois n°12) et puis pour renforcer l’idée que décembre semble encore un peu loin dans le temps (avant les premiers frimas, nous aurons novembre et ses pluies diluviennes).

      J’espère ne vous avoir pas trop assombri l’esprit avec mes éclaircissements (oui, en plus j’ai une certaine prédisposition à commettre l’oxymore…) et sachez que mon Ego ne vous tient nullement rigueur pour cette « sévérité partielle », bien au contraire. Je ne suis qu’un poète du dimanche qui prend en compte la critique et accepte parfaitement la contradiction, c’est très utile pour progresser.

      Amical salut

  2. Yannig, voici un poème en endécasyllabes – ce qui est assez original et très peu usité de part la difficulté que ce rythme impose – qui met en exergue la crainte de la froidure « blanche et sombre » de l’hiver. Comme je te comprends ! Ton chant d’allégresse sur lequel tourbillonnait la palette colorée de l’automne s’en va decrescendo vers une oraison, non pas funèbre mais d’une grande mélancolitude.
    Tu apportes aux rimes le soins que j’attends d’un poète, riches, recherchées, travaillées, des sons clairs alternent avec des graves.
    La sonorité est frappante sur les 3 premiers quatrains ou les « a » (voyelles éclatantes) et « i » (voyelle aiguë) expriment l’enthousiasme pour aller decrescendo, en se mêlant, vers des assonances tristes mais chantantes, tel ce vers magnifique « Les longs soirs d’automne, ces heures lointaines » ;
    Un tercet final comme une porte qui claque, une note d’optimisme, (il faut bien se consoler) avec ce médaillon solitaire en alexandrin ou la rime de « décembre » fait écho à « sombre » ( çà j’adore!) en parfaite harmonie, d’autant plus qu’elle interpelle le lecteur. Décembre, sombre, amble, tremble et autres sonorités jumelles donnent à la rime, utilisées avec parcimonie, ce petit quelque chose en plus qui fait la personnalité du poème. C’est comme si l’on mettait un rubis dans une parure de diamants.
    Voilà Yannig. Tu as commis l’imper et je t’accorde la grâce 🙂
    Avec tous mes encouragements,
    Bises zamicales.
    Hélène

    P.S. Je viens de lire le précédent commentaire et j’en déduis : onze syllabes pour les onze premiers mois de l’année, douze syllabes pour clore le douzième et dernier mois : alors là ! Chapeau l’artiste !

    • Bon, Hélène, j’ai bu ton avis d’un seul trait, j’ai besoin de reprendre mon souffle ! 🙂
      Merci tout d’abord pour la précision : « endécasyllabes » je me demandais comment ça pouvait bien s’appeler, cette chose-là ! 😉
      Je suis vraiment ravi de recevoir ton aval, parce que j’ai pris quelques risques ! Sur la trame, qui peut déconcerter… Sur les rimes approximatives (tremblant/tombant ; ombrages/ambages ; sombre/décembre ; enfer/hiver) et sur les accès de lyrisme un peu excessifs !
      Mais, tu connais aussi bien que moi ce précepte baudelairien : “Aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d’écrire un poème.”
      J’ai donc pris un grand plaisir à rédiger ce poème, normalement ça devait faire partie d’un concept que j’avais imaginé puis finalement laissé tomber, à savoir : un poème en octosyllabes sur le mois d’août, en monosyllabes sur septembre, décasyllabes sur octobre et ainsi de suite jusqu’à décembre…

      Un immense merci pour l’enthousiasme généré, maîtresse Hélène, je raffole de tes analyses et avis.
      Chaleureuses bibises

    • Oh mais j’accepte tes excuses, Hélène ! 🙂
      Malgré tout, pour que ta faute soit entièrement réparée, je suggère que tu m’invites au restaurant à une date qui conviendrait à nos disponibilités réciproques ! 😉
      Chaleureuses pensées

    • Merci infiniment, Flore, c’est toujours pour moi un immense plaisir que de toucher ton cœur sensible.
      Comment, d’ailleurs, ne pas ressentir très vivement certaines excitations, à l’idée de recevoir tes impressions sur ma poésie ?
      Je t’embrasse

  3. L’Enfer hivernal fait donc ressembler l’automne à un Paradis, alors qu’on l’imagine, la plupart du temps, éternellement chaud et fleuri, sous un ciel bleu. Et l’on sous-estime sa beauté et son originalité : tantôt tranquille sous ses feuillages ocres, jaunes, et roux… tantôt agité sous des pluies diluviennes et un vent furieux… Tu as l’art, Yannig, de magnifier ce qui ne nous semble, au départ, qu’une banale, triste et dépressive saison…

    Mes amitiés Yannig…

    • Merci beaucoup Emma, pour cette réflexion pleine de bon sens, merci d’apporter tes pensées lumineuses, généreuses et chaleureuses comme le sont les couleurs de l’automne.
      J’ai l’impression que tu penses la même chose que moi, en fait : l’automne idéal ne dure que de fin septembre à début octobre !

      Pour palier à la baisse progressive des températures, je t’envoie un peu de chaleur humaine avec mes plus amicales pensées.
      Bises

  4. « Si octobre me fait quelquefois chanter
    Ou me met au cœur des allégresses vaines,
    C’est que je sais combien je vais regretter
    Les longs soirs d’automne, ces heures lointaines
    Lorsque, sur les chemins blanchis, un enfer
    – Exagérément froid, horriblement sombre –
    Aura fait son œuvre ; ce sera l’hiver ! »

    Quand je lis ton poème, cela évoque l’ automne de ma vie, coloré mais qui est aussi l’antichambre de mon hiver…… la quatrième saison de vie … son dénuement et sa pure blancheur soudain deviennent émerveillement, lumière…..on entre dans une autre dimension plus éthérique, où l’on quitte la matière pour l’illimité…. finalement je ressens de la joie en l’écrivant…. merci pour ces beaux vers Yannick. amicalement mireille

    • Merci infiniment, Mireille, pour ce commentaire ô combien intéressant.
      Saisons au sens calendaire du terme, oui bien entendu ! Mais, saisons symboliques, métaphores des différents âges de la vie, forcément !

      Profitons alors des dernières douceurs du soleil d’automne, avant de plonger dans les froides ténèbres, inexorablement.
      Amicales pensées.
      Yannig.

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