En parfait Romantique

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Ne me pleurez pas, vous, qui exécrez la Mort !

C'est un soir un peu triste, un morne soir de pluie
Où mon corps, délivré, semble un Juste qui dort
Dans des limbes d'oubli (parce que tout s'oublie)

Et c'est le soir choisi pour franchir le grand pas
Vers l’infini des temps, l'infini de l'espace ;
Quitter (couronne au front) l'affreux monde d'en-bas
Pour l'Empyrée céleste, où je dois prendre place !

Très haut, très loin, sans peur, je pars (couronne au front)
— Pâli déjà, mais ceint de fleurs fraîches décloses —
Vers la Sphère suprême où les âmes s'en vont,
Pour sonder le secret long des métempsycoses

Car mon cœur (tour à tour avide et sans pitié)
Qui défaillait d'ennui après tant de silence,
— Ne sachant ni aimer ni souffrir à moitié —
Achève de périr dans une somnolence...

Mais l'amour ne meurt pas ; il se cabre, insoumis
Tel que je le fus quand, poète en dissidences,
Je traçais pour moi-même et pour quelques amis :
Des chamarrages fous de vœux et confidences !

Oui, fou je devais être, à croire jusqu'au bout 
Que mes vers me vaudraient posthume renommée ! 
Cela fut vain, bien sûr... Le Temps efface tout 
Quand la Plume produit une torche enflammée ! 

C'est pourquoi, chers lecteurs, je m'en vais à pas lents, 
Sans nul autre dessein (quoi qu'on en puisse dire) 
Que d'offrir en partage humbles dons et talents ; 
Ce n'est pas le moment de pleurer, mais de lire ! 

À vous, qui me saviez absorbé tout entier 
Par ma foi naïve, et tout à ma destinée : 
— Tout ceci n'est plus rien, n'ayant pas d'héritier ! — 

Je dédie ce recueil ; mon œuvre est terminée.
 
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© Yannig WaTeL 02 mai 2016

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