Tel grand cygne éthéré, parti…

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Un jour, je me suis dit : « poète, à quoi sers-tu ? »
Peu enclin à laisser les questions sans réponses,
J’ai accordé mon luth ; je me suis revêtu
D’éclairs brillants, d’or et métaphores absconses !
Je trace désormais des vers à tout moment ;
Et c’est tantôt Gaieté, tantôt Mélancolie,
— Ou les deux à la fois, mêlées intimement —
Qui berce de ses chants ma légère folie !
C’est l’oubli consenti et c’est l’amour vainqueur
Qui tombent à propos, lorsque, d’un trait j’exprime
En langage imagé ce que j’ai sur le cœur :
Plaisir éprouvé, spleen, ou désespoir ultime
Mais, mon spleen… C’est bien tout ce que j’emporterai
Le long du grand chemin vers la Nuit éternelle,
— Lorsque viendra mon tour… Enfin… Quand je mourrai —
Lavé de tout orgueil ; dans la paix solennelle !
Parce qu’il n’est pas dit que mes vers survivront !
Qui voudra évoquer ma pauvre âme enterrée,
(Tout aimé que je sois) quand au Ciel s’en iront :
Rimes fières, mots blancs, écriture éthérée ?
Ah ! Sur ma tombe, alors, mes amis me diront :
« Quel don as-tu reçu, pour se faire confondre
En des nimbes ardents les moiteurs de ton front ? »
Seul, peut-être, un poète aurait su leur répondre.
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© Yannig WaTeL 14 mars 2016
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Apprêté pour le flirt

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Apprêté pour le flirt, non pour l’engendrement !
C’est ainsi que j’aimais, dès l’aurore posée :
J’étais papillon blanc ; je buvais la rosée
Puis me livrais aux vents, m’élevais librement !
Tous les échos s’ouvraient (aux soupirs, aux muRmuRes)
Quand, vainqueur de la nuit, j’acceptais sobrement
Les grands Lys au cœur d’or que m’offraient des mains pures
« Et qu’importe demain ! » me disais-je parfois…
Moi, dont l’esprit jamais n’aura connu de lois :
J’ai, sans presque y songer, vécu mille aventures.
© Yannig WaTeL 23 février 2016

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Au bord de l’eau tranquille, enfin…

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crédit image : juliendouvier.tumblr.com
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Au bord de l’eau tranquille, enfin, le vent se tait !
Sous le firmament où les heures, suspendues,
Retiennent un peu plus le bruit que la vie fait :
Assis, rêveur, je pense à mes amours perdues
À chaque instant plus fort, le silence installé
S’approprie peu à peu les bien-aimés rivages ;
L’étendue calme semble un miroir constellé,
Tant le flot, transparent, est fertile en images !
Tout d’un coup, j’y revois les terrasses en fleurs ;
Puis voilà que je chante et que je vocalise,
– Entraîné dans un songe aux multiples lueurs –
Tandis que minuit sonne au clocher de l’église !
C’est ainsi que je fuis, vers un monde infini
Où vivent les reflets (d’un éclat magnifique)
De mes jeunes années, ô temps chaste et béni !
Pris d’extase, je dors, d’un sommeil séraphique.
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© Yannig WaTeL 08 janvier 2016
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Je dormais, solitaire…

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Mollement bercé de sibyllines musiques,
(Y trouvant jouissance, en-deçà, au-delà)
Je dormais, solitaire, et rêvais ce soir-là :
D’unir dans un baiser nos ombres génésiques
Ô l’inexprimable chose ! Les doigts magiques
Et l’ardeur dressée de Maria Yudina
Sublimaient au piano une sonate en La
Qui flottait, vibrant clair à nos cœurs nostalgiques
Et notre amour passé, tel un astre adoré,
Dans la nuit émergeait, enfin remémoré ;
Jamais, au grand jamais, une extase aussi brève
Ne fut si douce à l’âme, en ses ondes d’émois !
Le son d’un violon, fort et tendre à la fois,
(Fortuitement, certes) s’est glissé dans mon rêve.
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© Yannig WaTeL 04 décembre 2015
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Suivre l’eau

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"La mer est infinie et mes rêves sont fous"  Jean de La Ville de Mirmont
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Un seul désir m’assaille et m’occupe, en tous lieux,
En tous temps, de prendre la poudre d’escampette,
Filer à l’anglaise – sans tambour ni trompette –
Vers un havre d’airain (un pays moins pluvieux) !
Un seul désir (quand, seul de corps et d’esprit, j’erre)
M’accompagne, avec de très lents gestes dansants :
N’est-il pas, me dis-je, de ciels plus ravissants
Et refuge plus sûr, qu’un lointain bout de terre
D’origine insulaire, au pôle, à l’équateur ?
Captée comme en des rets d’azur océanique,
J’en devine l’odeur ; ô île volcanique !
Là-bas, sont le mystère et le cadre enchanteur
Là-bas, ce que la nuit recèle entre ses voiles
Ne saurait contrarier mes rêves les plus fous !
J’ai haute ardeur, malgré les multiples remous,
À suivre l’eau et j’ai, plein les yeux, des étoiles.
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© Yannig WaTeL 04 novembre 2015
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Avant l’hiver

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Sur l’antique chemin, comme un rituel :
Je trace ma route, je pars en balade ;
Au milieu des vergers, j’assiste au duel
D’automne qui vient et d’été qui s’évade
Ah, combien j’admire et savoure en tremblant
Ce que la Nature contient d’harmonies
Dans les bruissements doux que font, en tombant
(Et lâchant leurs parfums), les feuilles jaunies !
Comment ne pas chérir le charme discret
D’un mince reflet sur les fauves ombrages
Et n’y trouver mystère, énigme ou secret ?
Disons-le clairement ; parlons sans ambages :
Si octobre me fait quelquefois chanter
Ou me met au cœur des allégresses vaines,
C’est que je sais combien je vais regretter
Les longs soirs d’automne, ces heures lointaines
Lorsque, sur les chemins blanchis, un enfer
– Exagérément froid, horriblement sombre –
Aura fait son œuvre ; ce sera l’hiver !
La neige, heureusement, ne tient pas en décembre.
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© Yannig WaTeL 05 octobre 2015
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L’été n’est plus

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crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Ô suave andante ! L’été qui agonise,
– Dans les vastes forêts, sur les sombres sentiers –
Aux cris des animaux sauvages, s’harmonise ;
Sous les très grands arbres (les feuillus, les fruitiers)
L’été a rassemblé, en rond, ses héritiers.
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[ 2 ]

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Le Soleil, au sortir des chemins solitaires,
S’épuise en tiédeurs ; ses rayons réfractaires
Ne dorent même plus le lys pâle et fluet !
Feuilles sèches, corbeaux, citadins sédentaires,
Seuls remuent encore dans l’air froid et muet.
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© Yannig WaTeL 29 septembre 2015
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Crépuscules ambrés de septembre

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Ô les frêles parfums, quand septembre s’effeuille
Pour fêter le retour de l’arrière-saison
Et qu’au jour déclinant, la forêt se recueille,
Émergeant à demi d’une étrange oraison !
Tous les reflets du ciel, comme dans un beau rêve,
Tamisent leurs contours dans le pourpre et les ors ;
Ô l’ardente langueur, qui fomente et s’élève
En dentelle d’ombres, des irréels décors !
C’est l’été qui s’enfuit à grandes enjambées,
Puis laisse l’automne chamarrer leurs couleurs
Aux hautes frondaisons, splendidement nimbées
De teintes d’incendie et d’exquises pâleurs
Mais ô les jours confus ; ces feux crépusculaires
Propageant sur nos cœurs mille peurs de mourir !
Érables, marronniers, colosses séculaires,
Bientôt seront nus et vont tantôt dépérir.
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© Yannig WaTeL 20 septembre 2015
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Diadémé d’ombre, septembre

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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Comme teint du sang blanc d’un lys tôt emporté,
Septembre, parfumé, de partout accompagne
Par les monts, par les vaux, à travers la campagne,
De trop rares soleils en habits de clarté
Trempée de pluie, atone en manteau de silence,
La plaine fait accueil aux vents ensorceleurs
– Toujours les mêmes vents, murmurants ou hurleurs –
Avec des frissons de tacite somnolence :
À pas lents et doux mais d’un pied hardi et sûr,
C’est l’arrière-saison, qui fait choir leurs pétales
Aux fleurs et s’endormir leurs âmes végétales,
Grappille grain à grain le raisin presque mûr
L’automne n’est pas loin ! L’hirondelle craintive
Déjà songe à quitter le nid, chercher ailleurs
Hauts clochers, blonds épis, tièdes soirs, jours meilleurs ;
Entraînant dans son cours, la feuille fugitive
Chêne, saule implorant, chèvrefeuille, gazon :
Tout va se dégarnir ! Déjà, la forêt tremble
Et l’on se croirait en novembre, tant il semble
Qu’une invisible main assombrit l’horizon !
Bientôt, nous entrerons dans un monde sans vie ;
Sans en être attristés, mais avec le regret
Des temps où, à genoux, nous allions en secret
Nous prosterner, ravis, devant Flore assouvie.
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© Yannig WaTeL 06 septembre 2015
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Féerique fleuraison

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"Et l’innocence en paix dort au bord de la vie"  Albert Samain

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Derrière elle laissant fards et raffinement,
Fraîche infiniment et claire comme l’eau pure :
Sur la paix du jardin (sur toute la Nature)
La nuit enfin descend, tombe divinement !
Sur la paix du chemin, dans l’ombre, d’arbre en arbre :
Grand pavois, la Lune au frontispice du ciel
Étale ses tons chauds d’ambre, d’or et de miel
Et couche des reflets sur le perron de marbre
Voici l’heure blonde où : pâle, décru, soumis,
Le Soleil s’alanguit, meurt d’extase, se pâme ;
Et c’est assez pour croire un peu qu’au bord de l’âme
Tout doucement, vient le lent silence promis !
Portes et fenêtres puis persiennes fermées,
On n’entend plus dès lors, que le tictacquement
(Imitant d’un cœur le tranquille battement)
De l’horloge, mêlé aux calmes voix aimées
Étoilée, à grands pas vient la nuit ! La maison
– Quiète obscurément du repos qui commence –
S’apprête aux rêves bleus que l’esprit ensemence :
Rêves d’innocente et féerique fleuraison.
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© Yannig WaTeL 04 juillet 2015
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Dandysme

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Ô douceur de sentir, à l’abri des averses
Quand la pluie, lourde, tombe et se cogne au trottoir :
Le plaisir, qu’on goûte aux boissons un brin perverses,
Par des jeunes femmes servies ; bues au comptoir !
Sans que, de plus rien nos âmes soient assoiffées
Qu’hydromel, absinthe, vieux bourbon et brandy :
Se perdre au fabuleux pays des vertes fées ;
Ô bonheur suprême, vivre en parfait dandy !
Prendre un cœur solitaire et s’en faire un trophée,
Le parer de langueur ; et jusqu’au jour éclos :
Enlacer d’autres bras que les bras de Morphée !
Ainsi, des nuits durant, nous chauffons nos vieux os.
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© Yannig WaTeL  13 mai 2015
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Le vœu formulé

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C‘est un de ces soirs où tout (sombre mais splendide)
Languit fiévreusement à travers les couchants ;
Un soir où la Lune semble veiller, placide,
L’oiseau dans son nid qui éparpille ses chants
Tranquille et serein, pareil à l’ange qui passe
Glissant, d’un pas léger dans l’air confidentiel,
Tout se confond, se mêle et se parle à voix basse :
C’est tout le terrestre qui épouse le ciel !
D’astre en astre, du haut des sphères éternelles
– Que seul l’œil initié au mystère sait voir –
Pour moi (rien que moi) mille étoiles fraternelles
Se dévoilent, filent, abolissent le noir
Et j’en voudrais pleurer, tant m’est enchanteresse
La nuit, qui déploie ses voiles d’or scintillant
Dans la paix muette, immuable, charmeresse ;
Au sein du firmament de mille feux brillant !
Ô ciel doux et cher à mon âme recueillie,
Dieu que ce soir est beau ; bien plus qu’un rêve bleu !
Soir de larmes d’amour et de joie rejaillie,
Où (soit-il entendu) j’ai formulé un vœu.
ᨖᨖ
© Yannig WaTeL  23 avril 2015
ᨖᨖ