En lisière de solitude

crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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"C'est un trou de verdure où chante une rivière"  Arthur Rimbaud
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C‘est un coin de nature où, l’âme reposée :
Dès qu’ont cessé les temps froids, longs et somnolents,
Sur l’herbe humide et fraîche encore de rosée
J’aime à poser mes pas légers, feutrés et lents
Sans autre but que de marcher, dans la lumière,
Nonchalamment je vais où me mène le cours
(Tout en déploiements méandreux) d’une rivière
Dont l’eau coule, douce, comme coulent mes jours
Et la vie, soudain, prend un aspect moins austère,
Tellement est puissante l’infinie majesté
Que m’instillent aux yeux, avec tant de mystère :
Les tons changeants, sur l’eau, du ciel bleu reflété !
Seul, libre et fervent, je pourrais chanter, mais n’ose
Troubler l’âme calme des lieux (peu fréquentés)
Où s’épanouissent, sitôt l’aube déclose :
Flore intacte et faune d’inédites beautés
Ô chemins à peine frayés, sentes fleuries !
C’est dans ce bel écrin de vivantes verdeurs
Qu’intimement, j’unis rimes et rêveries ;
Enivré de couleurs, de fredons et d’odeurs.
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© Yannig WaTeL  18 avril 2015
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La nostalgie, souvent…

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crédit image : juliendouvier.tumblr.com

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"La musique souvent me prend comme une mer"  Charles Baudelaire
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En un coin de ma chambre, il est une commode
Dans laquelle, un album photos (gardé secret)
Immortalise un homme au charme très discret :
Cheveux mi-longs et vêtements passés de mode
Fixé, le Souvenir de mes plus jeunes ans
S’y repose – à jamais imprimé dans la glace
D’un papier calandré – flou et vague en surface
Mais, en profondeur pareil aux grands océans
Lorsque tout me fait mal, que le regret me gagne :
Sachant combien à l’âme il m’octroie de douceur,
Je parle et confie tout ce que j’ai sur le cœur
À ce bout de Moi qui, chaque instant, m’accompagne
Et plus rien ne me vient de fâcheux ou d’amer !
Reste l’écho, berceur, d’une ancienne musique
Qui me fait au moral un bien presque physique :
La nostalgie, souvent, me prend comme une mer.
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© Yannig WaTeL  11 avril 2015
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Ondées aurorées

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crédit image : annstreetstudio.com

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Je m’éveille au bruit qu’en clapotant la pluie fait
Sur ma terrasse de grès bigarré gris-rose :
Eau en pleurs de douceur, prodiguant le bienfait
Aux fleurs immensément ouvertes, qu’elle arrose
De corolle en ombelle, un éclat chamarré
Tisse et projette à longs traits sa brillante trame ;
Le feu tempéré dont le matin s’est paré
M’illumine l’âme, lui-même ayant une âme
Après les beaux rêves, c’est un ravissement :
Ô tout le Céleste, malgré les vitres closes,
Qui m’apporte vie et lumière, doucement
Et pénètre jusqu’au cœur de toutes les choses !
Qu’il fait bon garder la chambre, avec plein les yeux,
Ces diamants de ciel aux faces mordorées !
Ivre de musique liquide, voir je peux :
Danser avec le vent, les ondées aurorées.
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© Yannig WaTeL  06 avril 2015
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L’éveil

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Une âme s’éveille, nouvelle, au jour tombant
Et dans la nuit qui vient, ô vision coutumière :
Qu’il est beau de voir, drapés d’ombre et de lumière,
Les nuages dorés se fondre au soir flambant !
Sur l’herbeux bocage, le Printemps vient d’éclore ;
Et même s’il vente et qu’il pleut à verse, Avril
– Mois des renaissances – a recouvert d’un fil
Sa nudité, parée des splendeurs d’or de Flore
Sur les grands parterres, tout est scintillement !
Découpés en guipures et fines dentelles,
Les rais lunaires deviennent des cascatelles
Où l’eau s’arpège en babil et chuchillement
De partout, un parfum monte, fauve et sauvage :
C’est la Vie qui jaillit, des orients aux couchants ;
Ô vastes chefs-d’œuvre d’églogues et de chants !
On se croit approcher de la fin d’un veuvage.

© Yannig WaTeL  01 avril 2015

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Mon aimable ennemie

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En des infinités d’ombre et de solitude,
Mon cœur est un bûcher de lys arc-en-ciellés
– Plein d’étoilements et de reflets constellés –
Que l’autan disperse ; que la bise dénude
À travers la bourrasque, il pleure ses péchés
Et les lave, avec les gestes héréditaires
Qu’ont les éternels démunis, les solitaires
Voués au ferme célibat ; vifs écorchés
Ce serait, semble-t-il, une coutume antique :
Dans le silence des soirs hostiles et nus,
Lentement, les larmes d’anciens temps souvenus
Brûlent mon cœur, sur un autel eucharistique
Et ses longs sanglots font un concert infini
Où chantonnent, d’un ton lascif, des voix de femmes
– Comme pour le bercer mieux au travers des flammes –
Sur un air de « c’est le bon Dieu qui t’a puni » !
Un feu bien plus ardent, cependant, le dévore :
Mille brasiers, lourds d’ennui et d’esseulement,
Agitent mon cœur aimé insuffisamment ;
Cœur avancé en âge et qui sursoit encore.
☙❧
© Yannig WaTeL  23 mars 2015
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Des adieux

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Un bruit cadencé résonne ; mon Cœur se noue :
De vivre, mon Amour s’est arrêté. Mort-né !
C’est son petit cercueil blanc qu’à la hâte, on cloue
– De la croix que je portais, simplement orné –
Ô la grande âme éparse, éternellement tendre,
N’a-t-elle pas l’Amour, pour domaine chéri ?
Pleurant mon Cœur défunt, je commence à comprendre
Que son dernier souffle suivrait son premier cri
Et le deuil de moi-même coule sur ma joue ;
Deuil d’un Cœur accablé, seul et triste à mourir
Qui, prisonnier d’un karma, de sa grande Roue :
Cherchait plus riche terreau, pour y refleurir
Qu’il repose, apaisé, dans la dive Lumière !
Lys à peine cueilli, déjà se défeuillant
– Redevenu poussière ; sitôt né poussière –
A trouvé sur sa route un Archange accueillant
À présent qu’il est au seuil des métempsycoses :
Puisse le coup fatal, à lui-même donné,
En abolir à jamais les effets, les causes !
Toujours est grande faute, un amour passionné.
*
© Yannig WaTeL 28 février 2015
*

Quatorze février

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À celles et ceux qui n’aimeront jamais plus
Et dont le cœur, vierge de toute tendresse,
Avec monotonie dévide sa détresse
Quotidienne ! Vous les orphelins, les exclus
Ô vous qui laissez les heures longues se suivre
Et se ressembler – sans que jamais le bonheur,
Conjugal, ne pose sur vous quelque lueur ;
Après tant d’élégies et trop d’ennui de vivre
Ô veuves et veufs d’abandon que la vie fait !
Vous qui m’êtes frères et sœurs de solitude,
De moi vers vous, je sais : cette similitude
Nous vient de n’avoir rêvé qu’à l’amour parfait !
Je suis, moi aussi, une âme qui n’est qu’en peine,
Un grand oiseau égaré dans un ciel lointain ;
Fidèle miroir, désormais nu et sans tain
Des étoiles mourantes dont votre âme est pleine
Nos yeux abîmés pleurent les mêmes douleurs
D’être – comme en convalescence – seuls au monde
Et nous partageons, quand la bonne graine abonde :
Nos larges moissons, de chardons plus que de fleurs.
𝔔-
© Yannig WaTeL 14 février 2015
𝔔-

Moissons de lumière

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Voici que, d’une marche lente et régulière,
Le firmament, ce soir, champ céleste qui luit
Fleurdelyse le cœur bleuissant de la nuit
En des poudroiements d’or fin, d’ambre et de lumière
Et nous voyons en esprit, des palais hautains
– D’un style plus pur que dans les contes féeriques –
Où des Séraphins, pérégrins allégoriques,
Nous parlent en rêve de voyages lointains
Car tout un peuple de créatures ailées
– Aussitôt que la Lune a formé son croissant –
Nous visite, de son plein pouvoir jouissant
;

Et des frissons nous viennent, d’âmes constellées
De l’espace inconnu, répondant à l’appel :
Nous prenons pour escorte Tritons et Naïades
Puis appareillons, partant devers les Pléiades ;
Et voilà qu’en perles s’égrène, un archipel.

© Yannig WaTeL  07 février 2015

Plus haut que le ciel

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J‘ai rêvé encore que, par un soir mystique :
Mon âme siamoise, ma sœur d’élection
Mêlant à l’or fluide un grand thème classique,
Changeait – sans y penser – en divine musique
Les mesures et signes d’une partition
Déployées comme des millions d’ailes, les notes
Que portait plus haut que le ciel son violon,
Moiraient les murmures doux et longs du salon ;
Vivaldi, Brahms, Mozart et Bach étaient nos hôtes !
On eût dit que, sortis d’un sommeil surhumain,
Un chaînon doré liant leurs doigts de lumière :
La Musique et l’Amour se tenaient par la main
Et qu’en la paix de l’Éden, pour la fois première,
Plus haut que le ciel, en fiançaille éphémère :
Un beau geste, un mot tendre, avaient un lendemain.

© Yannig WaTeL  18 janvier 2015

Grand silence blanc

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Le crépuscule était clair : l’orbe de la lune
Festonnait, par endroits, de reflets mordorés
Les sapins neigeux et les saules éplorés ;
Un grand silence blanc habillait la nuit brune,
Sitôt les frimas et le givre évaporés
La grisaille ennemie s’en allait, dissipée !
Et le ciel déroulait pour la terre un tapis ;
La plaine, de flocons tout entière jaspée
Semblait, sortie d’un muet sommeil et drapée,
Porter la lumière à des cygnes assoupis
À lents pas de loup, majestueux et féerique,
Un frisson d’extase passait furtivement
Et tout l’Univers cadençait son mouvement
Au rythme d’un orchestre à peine allégorique
Au tumulte du jour, succédait la douceur :
Douceur d’ambre, d’opale et de vieil ivoire
Constellée de nacre et de chatoyante moire ;
Décembre avait, ce soir-là, une âme et un cœur.

© Yannig WaTeL 19 décembre 2014

À ma jeunesse finissante

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Qu’as-tu fait, dis-moi donc ô mon humble visage,
De tes beaux traits fins et de ton regard joyeux ?
Voilà, traduit en mots, le tacite message
Qu’envoie le traître miroir à mes yeux
Jeunesse consumée, nous voici face à face ;
Revenez, revenez, fantômes chevelus,
Prendre à témoin le reflet trouble dans la glace
De mes quarante-cinq ans révolus !
Jeunesse finissante et trop vite passée ;
Que de bons souvenirs ! Que de regrets aussi,
Tu me donnes ! N’es-tu pas encore lassée ?
Jeunesse finissante et trop vite passée ;
Tu me déconcertes, mais c’est ainsi !
Parce qu’il est loin le temps – tu me le rappelles
Incessamment – où je consommais sans détour,
De mes années folles, insouciantes et belles :
Chaque instant, brûlant du feu de l’amour
Ces jours s’en vont et la langueur en moi persiste ;
Pourquoi faut-il que jeunesse passe et pourquoi
La peur de vieillir, se propageant, me rend triste
Et captif d’un magnificent effroi ?
J’ai beau m’abstraire, m’exercer à l’alchimie :
Plus qu’il ne le faut, tout seul je vais demeurer
Mais, cela t’est bien égal, vieillesse ennemie,
Que je pleure ; alors laisse-moi pleurer !
-ጆ-
© Yannig WaTeL  02 décembre 2014
-ጆ-